À Jean-Paul Valabrega
par Sophie de Mijolla-Mellor
Jean-Paul Valabrega nous a quittés le 25 janvier 2011.
Il avait participé avec Willy Baranger, Guy Benoît, Robert Castel et François Perrier au Comité de rédaction de notre revue dès sa fondation en 1969 par Piera Aulagnier. TOPIQUE prenait la suite de l'Inconscient (1967-1968) que Piera avait fondé avec Jean Clavreul et Conrad Stein.
Après la mort de Piera Aulagnier en 1990, Jean-Paul Valabrega et Nathalie Zaltzman ont accepté de poursuivre avec moi l'aventure de TOPIQUE, que sa fondatrice avait voulue avant tout une revue indépendante afin qu'elle soit non pas l'expression d'un groupe ou d'une chapelle mais un lieu ouvert au débat entre analystes des différentes sociétés et entre les diverses disciplines des sciences humaines. Cet objectif ne pouvait que convenir à Jean-Paul Valabrega qui était un adversaire déclaré de toutes les formes du "pouvoir analytique" tel que les modalités de la formation des analystes lui en avaient fait connaître les risques. "La seule manière de traiter analytiquement le pouvoir, c'est de renoncer à son exercice" écrivait-il dans Les voies de la formation psychanalytique (p. 63)...
TOPIQUE publiera cette année un numéro dédié à sa mémoire qui aura pour objet la fondation du IVe Groupe OPLF en 1969 et les avancées théoriques et cliniques qu'il a contribué à soutenir dans l'histoire du mouvement psychanalytique en France. Ce numéro sera aussi l'occasion de réfléchir en commun aussi largement que possible à ces principes que les fondateurs du IVe Groupe ont publiés dans les deux premiers numéros de TOPIQUE où chacun s'exprimait à sa manière: François Perrier, avec une grande pertinence clinique et la verve d'un La Bruyère, Piera Aulagnier, dans une vision plus large, profonde et philosophique, et Jean-Paul Valabrega avec l'autorité d'un bâtisseur. Ces principes et modalités de fonctionnement ont été pensés et remis en réflexion périodiquement depuis 1969. L'hommage à notre ami disparu sera d'y revenir dans un débat ouvert.
Paris le 22 février 2011
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ÉDITORIAL
Quand le travail de la pensée ne consiste pas en une utilisation défensive de l’intellect, étayé sur une idéalisation creuse, afin de mettre à distance le pulsionnel, c’est le «plaisir de pensée» qui est à l’œuvre et témoigne d’une sublimation réussie. Le philosophe et le théoricien en général, ne peuvent se passer de l’inspiration nécessaire, qu’ils partagent avec le poète quoique les modalités et le résultat en soient différents. Mais qu’est-ce qui fait naître l’inspiration chez l’un et chez l’autre et surtout qu’est-ce qui la rend féconde, lui permet de donner «corps» à ces productions psychiques afin de produire l’« œuvre » ? À l’encontre de l’idéalisme ascétique du Phédon qui fait du corps la prison de l’âme, existe une conviction partagée aussi bien par le poète que l’analyste, qui institue la sensorialité comme le lieu où se déploie la subjectivité. Le poète, qui taille dans la matière verbale et allie l’énergie de l’âme à celle de la langue dans une saisie immédiate venue de l’inconscient, exprime ce qui se révèle, avant qu’il ne s’éteigne et disparaisse.
L’acte poétique se constitue ainsi de moments fulgurants, faits de saisissements inexplicables, qui s’apparentent à la violence d’un rapt ou au bonheur d’un ravissement insolite. L’idée d’inspiration a fixé durablement le modèle d’une manie divine qui l’emporterait sur la possession d’un savoir ou la maîtrise d’une technique. Pour le poète comme pour l’analyste, c’est cette «mise en sommeil» de la raison qui permettra le surgissement inopiné des idées, des images et des mots. Acte poétique, et acte d’interprétation sont tous deux indissociables de l’instant parce que le temps poétique comme celui de l’analyse est anachronique. Les mots qui surgissent, disait René Char, «savent de nous ce que nous ignorons d’eux ». L’acte poétique manifeste un « déjà-là », le révèle, le répète à l’infini établissant dans l’instant d’une émotion transmissible un lien avec le corps libidinal qui nous habite. On trouvera dans ce numéro un prolongement de ces réflexions sur la résonance des mots et des images dans un ensemble de textes réunis par Isabelle Lasvergnas autour du pianiste Glenn Gould.
Sophie de Mijolla-Mellor
SOMMAIRE
Éditorial
La résonance poétique
* Houria Abdelouahed – Adonis ou la réminiscence du corps >> Réminiscence du corps et entretien avec Adonis
* Qi Jia Shi – Poésie et psychanalyse
* Patrick Saurin – Approche de l’acte poétique chez les anciens Mexicains
* Dominique Fessaguet – Acte poétique et résonance
* Branko Aleksic – Les actes et les mots : de Mallarmé à Lacan >> L’acte poétique absolu de Mallarmé et, Lacan et l’ABC du Littré
* Catherine Weissmann-Arcache – L’acte poétique chez l’enfant
* Vassiliki Christopoulou – Le philosophe et le poète
L’interprétation selon Glenn Gould
* Isabelle Lasvergnas – Gould la résonance
* Sophie de Mijolla-Mellor – Le ravissement par l’Art
* Marianne Baudin – L’expérience du sublime
* Dominique Fessaguet – De l’ek-stase à l’extase
* Ghyslaine Guertin – Authenticité et extase
* Philippe Choulet – L’extase singulière du temps selon Glenn Gould
* Vincent Estellon – Glenn Gould magicien et médecin hypocondriaque
* Martine Béland – Le rire de Tirésias
* Francis Drossart – La gestation littéraire
Discussions autour de « Le choix de la sublimation» (S. de Mijolla-Mellor, Paris, PUF 2009)
* Sophie de Mijolla-Mellor – Choix pervers, choix sublimé
* Jean-Claude Guillaume – À propos du choix de la sublimation.
* René Péran – L’immuable continuité de l’Être
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ÉDITORIAL
Le progrès de la psychanalyse aujourd’hui passe par sa capacité à se développer au contact de cultures éloignées de la Vienne du début du XXe siècle. La réflexion sur son introduction au sein du monde arabe et du Moyen-Orient a fait l’objet de publications qui marquent l’intérêt croissant dont elle fait l’objet. Un examen plus approfondi de la situation fait cependant apparaître des réalités différentes d’un pays à l’autre, déterminées par des conditions sociales, religieuses et historiques extrêmement diverses. Confronter les manières dont s’est opérée et se poursuit aujourd’hui la pratique de la psychanalyse dans ces sociétés cependant proches les unes des autres en raison d’affinités culturelles est devenu nécessaire tant du point de vue de ces sociétés elles-mêmes que pour comprendre et anticiper les futurs développements de la psychanalyse. Les contributions de ce numéro, dont certaines sont issues d’un colloque organisé par l’Association internationale d’histoire de la psychanalyse (AIHP) en octobre 2009, n’ont pas pour ambition de couvrir de manière extensive une zone géographique, aussi plusieurs pays et non des moindres n’y font pas l’objet d’une étude. L’unité n’a pas été cherchée non plus au niveau d’un commun dénominateur religieux, le thème de la psychanalyse en terre d’islam ayant été déjà traité antérieurement par des auteurs contribuant à ce numéro, et certains pays considérés ne relevant pas d’une telle dénomination. La logique qui réunit ces textes est donc à chercher d’abord dans la volonté d’un certain nombre de collègues de réaliser un travail en commun et des échanges qui sont à poursuivre. Nous espérons que ce numéro de Topique y contribuera. Sur un plan épistémologique, une telle démarche implique de souligner les spécificités politiques, historiques et sociales qui infléchissent les conditions d’accueil de l’œuvre freudienne et de la pratique analytique dans un pays donné. Cette perspective est aujourd’hui indispensable à prendre en compte pour assurer le développement de la psychanalyse qui s’établira au-delà des querelles de chapelles comme des diverses attaques ad hominem sans pertinence ni intérêt qui visent son fondateur.
Sophie de Mijolla-Mellor
SOMMAIRE
Éditorial
* Jalil Bennani – Psychanalyser au Maroc
* Saïd Bellahkdar – Contribution à l’histoire de la psychanalyse en Algérie: une psychanalyse face à la violence extrême
* Patrick Delaroche et Hager Karray – Brève histoire de la psychanalyse en Tunisie
* Riadh Ben Rejeb – La psychanalyse en Tunisie: approche historique et état des lieux
* Raja Ben Slama – La psychanalyse en Égypte: un problème de non-advenue
* Mouzayan Osseiran – De quelques difficultés de la pratique psychanalytique au Liban
* Nayla Debs – L’identité libanaise, une difficile identité plurielle
* Rafa Nached – Histoire de la psychanalyse en Syrie
* Tevfika Tunaboylu-Ikiz – La psychanalyse en Turquie
* Pinar Padar – Turquie: la reconstruction du Surmoi de l’Empire à la République
* Nader Barzin – La psychanalyse en Iran
* Esmat Torkghashghaei – La notion de psychanalyse et les enjeux politiques: le parcours de la psychanalyse en Iran
* Houria Abdelouahed – Ce voile qui cache la forêt
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N° 111 Violence ou persuasion
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ÉDITORIAL
Les techniques psychologiques de persuasion sur lesquelles s'appuient les propagandes en tous genres relèvent d'une vision associationiste du fonctionnement psychique, illustrée en son temps par Pavlov et perfectionnée depuis. Revenir sur cette question, c'est aussi plus profondément poser la question éthique et technique de ces méthodes qui visent à influencer ou à formater le sujet. Parce que la psychanalyse est riche d'une réflexion sur les fonctionnements du collectif qui ont occupé une très grande partie des préoccupations de Freud, elle offre un outil conceptuel pour analyser les processus en cause dans ce phénomène. L'illusion, on le sait, renonce à être confirmée par la réalité, mais elle va plus loin encore car elle construit aussi le fantasme de cette réalité pour un temps affirmé futur. Au nom de quoi elle va pratiquer la désinformation, le caviardage, la construction du faux. Viol psychique ou séduction illusionniste, l'efficacité de la propagande nous met face à l'impuissance de la pensée critique face aux sirènes de l'affectivité; elles sont plus convaincantes car plus immédiatement sensibles. Hier l'éloquence de l'orateur, aujourd'hui le matraquage audio-visuel médiatique se mettent au service non pas de la conviction fondée sur une pensée mais sur le court-circuit du passage à l'acte. Mais même si la propagande est capturée par le pouvoir qui l'organise comme une arme au service de l'obéissance des masses, ces dernières peuvent aussi s'en emparer et retourner sa stratégie à l'employeur.
On envisagera ici la propagande dans ses divers aspects: politique bien sûr mais aussi publicitaire, l'un n'étant pas très éloigné de l'autre. Répondre au désir, à la haine, à la peur, à l'angoisse narcissique en les confirmant n'est pas très difficile. L'approche par la psychanalyse de l'avenir des illusions et du besoin de croire qui engendre la préférence pour les mythes plutôt que pour l'histoire peut expliquer le désir d'auto-aliénation qui rend la propagande si efficace.
Sophie de Mijolla-Mellor
SOMMAIRE
Éditorial
* Jacques Ellul – Responsabilités de la propagande
* Edson Luiz André de Sousa – Éclipses: propagande et utopie
* Jean-Jacques Pinto – Fantasme, Discours, Idéologie. D’une transmission qui ne serait pas propagande
* Pierre Bialès – Propagande et don. À propos d’une dénomination du Don, toujours en suspens
* Nader Barzin – Propagande et attentats-suicide
* Sophie de Mijolla-Mellor – La propagande entre insurrection et contre-insurrection
* Radu Clit – La propagande totalitaire et la force dans le «phénomène Pitesti»
* Pablo Bergami G. Barbosa – Le film de fiction comme instrument de propagande: le cas Tropa de elite
* Joel Birman – Performance, publicité et psychanalyse
* Marlène Sayssac-Sainte Marie Perrin – Franco, ese hombre
* Branko Aleksić – Quelle liberté islamique dans la Comète Bayle?
* Francis Drossart – Violence et persuasion dans Eyes wide shut de Stanley Kubrick
* Thierry Lamote – Par-delà la manipulation mentale: la violence insidieuse de l’église de scientologie
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ÉDITORIAL
Ce numéro est centré autour d'un témoignage historique, le livre des Mémoires d'une analyste en supervision chez Jacques Lacan.
On sait qu'en particulier à la fin de sa vie la pratique des séances courtes avait pris un caractère quasi paroxystique chez Lacan, se réduisant parfois à quelques minutes précédées de longues attentes. Dans le cas d'Élisabeth Geblesco s'ajoutait le fait qu'elle venait traverser la France pour se rendre à des séances qui apparaissaient dès lors davantage comme une sorte de saisie mystique que d'un travail d'élaboration entre un analyste confirmé et une jeune analyste. Plus que d'amour de transfert, c'est d'une véritable passion de transfert qu'il est ici question. Le numéro analyse le livre, les circonstances de son écriture et publie également des textes inédits de cette auteure. Il se développe ensuite plus largement autour des thèmes suivants:
- La relation entre le temps de la supervision et le temps de la séance;
- L'amour et la passion de transfert dans la supervision;
- L'éthique de la supervision.
La question des séances courtes qui a divisé la communauté analytique en France est au centre de ce numéro.
Sophie de Mijolla-Mellor
SOMMAIRE
- Éditorial
* Branko Aleksic - Le journal de bord avec Lacan, d'Élisabeth Geblesco, un document unique
* Nicole Geblesco - Trans-mettre
* Jean-Michel Vivès - L'analyse de contrôle: une façon de ne pas oublier
* Jean Allouch - La princesse, le savant et l'analyse
* Sophie de Mijolla-Mellor - Je l'aimais, il m'aimait aussi
* Christian Simatos - Question de temps
* Danièle Lévy - Le contrôle s'impose
* Thierry Marchaisse - Le risque absolu. Sur le degré zéro de la lecture
* Élisabeth Geblesco - Une éthique du désir. Le transfert en psychanalyse
* Gérard Reynier - Le hors temps de la douleur chronique
* Ségolène Payant et Abdel Majid Safouane - Transfert et vécu du temps avec les patients Alzeheimer
* Dominique Fessaguet - Le transfert en psychanalyse d'enfant
* Thierrry Lamote et Arthur Mary - Hypnose et fascination collective: métapsychologie des processus d'adhésion à la Scientologie - l'envers du discours psychanalytique
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N° 113 Le martyre
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ÉDITORIAL
Le sacrifice du martyr constitue la forme la plus parfaite du choix en ce qu'il implique simultanément la certitude de l'élection et la promotion à l'absolu de ce qui en a fait l'objet. Ainsi les renoncements en l'occurence sont-ils l'inverse d'une perte. Ils assurent au contraire au sujet une possession indubitable, certes payée au prix fort, mais sans regret et même dans la fierté de l'accomplissement personnel.
La notion de sublimation est indissociable de ce mouvement sacrificatoire mais - contrairement à la définition habituellement reçue - ce n'est pas seulement l'exercice de la sexualité qui est ainsi immolé au bénéfice des activités dites "valorisées" mais c'est en fait le sujet qui s'offre tout entier afin de devenir celui pour qui le sacrifice s'accomplit, c'est-à-dire lui-même porté à la dimension de l'idéal collectif. C'est toujours le passage des limites de l'Un vers l'extension au Multiple qui est la forme propre à animer ce type de mouvement sublimatoire. La mort pour survivre implique une opération particulière du narcissisme que l'on peut assimiler à un processus de sublimation. Elle présente comme la certitude qui se fait jour dans la conscience du sujet qu'il lui faut commencer par renoncer à la vie pour la trouver. Cette expérience est aussi bien celle du laïque que du religieux dans la mesure où l'immortalité attendue n'est bien évidemment pas celle de la vie quotidienne qui se prolongerait indéfiniment au-delà du tombeau mais celle qui acquiert dans l'instant du renoncement à la durée. Aussi la mort n'est qu'une apparence et, face à son bourreau, le martyr est au-delà de la vie que celui-ci prétend lui prendre tandis que le trépas ne fait que confirmer pour lui l'accès à la vie éternelle dans laquelle il a choisi d'exister.Toute l'iconographie des martyrs est là pour en attester et n'interpréter le sourire infini des multiples Saint Sébastien percés de flèches que comme une jouissance masochiste de la douleur serait réducteur. En réalité, la joie du martyr réside dans la certitude qu'il est paradoxalement en train de naître à la vraie vie en abandonnant un semblant de celle-ci à des exécuteurs qui ne peuvent ni le contraindre ni l'atteindre. Le sens de la vie n'est alors pas contenu dans les actes individuels mais dans la capacité du sujet à les transfigurer suivant un modèle qui appartient à une autre vie. Et le mal n'a pas d'épaisseur ontologique puisqu'il fait partie de la création divine. La mort pour survivre n'est pas recherchée pour autant, et il n'y a pas non plus de quête narcissique de la gloire dans cette démarche car celle-ci est déjà acquise et partagée.
On lira dans ce numéro de Topique des contributions psychanalytiques qui éclairent cette notion tant sur le domaine religieux que laïque.
Sophie de Mijolla-Mellor
SOMMAIRE
- Éditorial
* Dominique de Courcelles - Histoire de quelques concepts dans les trois monothéismes: sainteté, sacrifice, témoignage, martyre
* Philippe Gutton - Martyre protestant
* Véronique Donard - Repères pour penser le martyre chrétien
* Georges Zimra - Le mystère du sang
* Antoine Courban - Martyr(e): témoin de vie ou témoin de mort?
* Gérard Bonnet - Le martyr, témoin de l'idéal
* Véronique Margron - Martyre blanc et martyr rouge. Proposition théologique
* Laurent Lemoine - Le martyre: la dialectique du vivre et du mourir
* Alain Houziaux - Hypothèses sur le fils de l'Homme
* Max Kohn - Martyr et témoin: les mythes de Daniel Mendelsohn
* Soraya Ayouch - La passion de Husayn Mansûr Al-Hallaj
* Francis Drossart - L'écrivain martyr dans le Léviathan de Paul Auster
* Nader Barzin - Les nouveaux martyrs: l'agonie de l'identité
* Dominique Fessaguet - Lascif Saint Sébastien
* Rémy Potier - Le "choc" des idéaux. Le cinéma révélateur de l'identité martyre
* Sophie de Mijolla-Mellor - D'une guerre à l'autre: le sacrifice
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N° 114 L'autochtonie
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ÉDITORIAL
L'acte de prise de possession de la terre constitue, au regard de la philosophie politique depuis les Grecs, l'imposition d'un ordre qui va valoir comme loi et définir une nomenclature tant des pays à l'intérieur de leurs frontières que des familles liées à leurs terres. C'est dans ce cadre que l'individu vient au monde, à l'intérieur de données qui lui préexistent et dont il s'imprègne lorsqu'elles se diffusent subtilement en lui dès sa naissance avec les sensations issues de son environnement spécifique, les coutumes qui vont l'entourer et régir son éducation et plus fondamentalement encore sa langue dite maternelle. Ultérieurement il apprendra à connaître, lorsqu'elles lui seront enseignées, l'histoire et la culture de son pays, de sa région, voire de sa famille. L'identité nationale apparaît donc à la fois donnée par les sens et inculquée par les aînés comme une valeur à transmettre et on peut penser que les deux processus s'ils n'opéraient pas conjointement seraient inefficaces.
Mais qui peut se dire "autochtone" et quelles implications en dévoulent vis-à-vis de la notion d'identité nationale?
L'autochtonie, concept inventé dans l'Athènes classique, a été largement étudiée par les historiens et les antropologues de la cité grecque. Pour l'ethnologie et l'antropologie, l'autochtonie rejoint une réflexion portée par l'ensemble des sociétés humaines, à travers leurs visions du monde et leurs performances rituelles. En retour, elles y retrouvent une légitimité territoriale par le biais de configurations politiques souples, locales ou multicentrées.
Ce numéro de Topique, international et pluridisciplinaire, se propose, à partir de la confrontation et l'échange de points de vue issus des sciences humaines et sociales, d'inscrire cette réflexion au coeur même du politique. Les crises et mutations actuelles, repérées à travers les discours sur les identités nationales en lien à la terre, seront interrogées.
Sophie de Mijolla-Mellor
SOMMAIRE
- Éditorial
* Sydney Levy - La Terre n'est pas le Sol: pour une fondation du politique
* Jacques Perget - Virtualité et réalité de l'identité française
* Jacques Galinier - Le montage des autochtonies: translocations de la Terre mère dans le new âge amérindien
* Jean-François Mattéi - Le mythe d'autochtonie chez Hésiode et Platon
* Sophie de Mijolla-Mellor - La stabilité dans l'ouverture comme sublimation
* Joel Birman - Gouvernabilité, force et sublimation. Freud et la philosophie politique
* Jackie Assayag - Autochtonies plurielles: nous sommes tous les fils du Sol et de la Mère Inde
* Olivier Le Cour Grandmaison - Immigration, islam et identité nationale: vieux débats, vieux démons
* Hélène Isnard - Le récit du réfugié est-il une fiction?
* Ségolène Payan - De l'autochtonie à la citoyenneté: vers une construction psychique de la citoyenneté
* Laurence Kahn - Mélange des genres
* Philippe Bessoles - Figures de l'emprise. Propagande et fanatisme
* Qijia Shi - Propagande et psychanalyse
* Dominique Reniers, Carole Pinel - Chthoniè: Le maternel qui fait demeure
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N° 115 - Sigmund et Anna Freud
ÉDITORIAL
La relation d'amour accepte difficilement la concurrence avec un, voire plusieurs autres. C'est pourtant bien la manière dont s'est établie pour tout un chacun la relation oedipienne, matrice de celles qui vont suivre...En plus la compétition ne se limite pas à la mère ou au père selon les cas, elle s'étend aussi aux frères et soeurs et peut alors frôler l'insupportable en particulier dans le cas des derniers de la fratrie. On souligne plus volontiers la souffrance de l'aîné de voir un cadet lui voler la place d'enfant unique que celle du cadet, voire du benjamin, condamné du fait de sa date de naissance à trouver toujours au-dessus de lui celui ou celle qui ne se donne même pas pour un rival mais bel et bien pour un propriétaire, sûr de son droit d'aînesse ou du moins suffisamment astucieux pour montrer qu'il n'en doute pas une seconde... L'histoire de Sigmund et sa fille Anna commence par-là: il a été un aîné incontesté, parfois même quelque peu tyrannique à l'égard de ses soeurs cadettes. Elle est née benjamine d'une fratrie de six et venant après une soeur, Sophie, bien aimée par le père, celle qu'il appelait "notre enfant du dimanche" et à laquelle il reconnaissait la féminité idéale, lui qui n'imaginait guère la capacité de penser et de sublimer comme le fait d'une femme normale.
Anna a l'âge de la psychanalyse puisqu'elle est née en 1895. Dès son enfance, Sigmund s'inquiète de son caractère "trop ardent" et de sa tendance à la rebellion vis-à-vis de l'autorité maternelle en même temps qu'il lui accorde, et qu'en réalité il apprécie, son intelligence qui la rapproche de lui tandis que la féminité de Sophie lui est, par essence, inaccessible en tant que père. Il conseillera cependant à Anna, enfin demeurée unique après le départ des cinq autres enfants, de se méfier des avances matrimoniales de son collègue Ernset Jones, lui disant tout à la fois que le mariage n'était pas fait pour elle et que cette voie, suivie par ses soeurs, était la bonne. Anna quant à elle ne s'intéresse guère à tel prétendant mais rêve répétitivement à l'ex-femme de ce dernier. Elle a subi douloureusement le sentiment de son insuffisance de benjamine, toujours exclue par les "grands" et surtout incapable de faire face à une telle concurrence. À l'adolescence, elle s'installe dans un retrait dépressif, qu'elle théorisera ultérieurement sous la notion de "cession altruiste": son dos se voûte, elle devient anorexique et brode mélancoliquement le linge de mariée de la soeur enviée. Quant à Freud, aussi attentif et affectueux qu'il se soit montré, il semble lui avoir été difficile de dépasser ce redoutable partage initial des qualités auquel bien des parents se complaisent, en toute méconnaissance de la nocivité d'une telle répartition: à l'une la beauté et la féminité, à l'autre l'intelligence...Zeus avec ses filles ne faisait-il pas de même? On sait que le jugement de Pâris sommé de décerner le prix de beauté entre les trois déesses déclencha quelques catastrophes ultérieures, lointain écho de la reconnaissance du père pour la plus belle de ses filles, plus belle encore que son épouse! Freud est bien conscient de ce qui se joue dans sa famille mais il n'en adresse pas moins à Anna des recommandations qui ne peuvent être suivies, comme lorsqu'il lui reproche de trop vivre en ascète et de ne pas se livrer aux futilités des jeunes filles de son âge, en bref de ne pas suivre le "bon chemin" de la féminité alors qu'Anna n'a trouvé que l'identification au père pour se rapprocher de lui. Plus tard, il doutera qu'elle puisse devenir psychanalyste et demandera de l'aide à Lou Andréas-Salomé pour détacher de lui celle à laquelle il reconnaissait "un talent pour être malheureuse". Pour Anna, libido narcissique d'ambition et libido érotique vont fusionner précocement dans une identification au père vénéré et aimé, et ce n'est qu'avec l'âge et l'engagement dans un aspect de la psychanalyse relativement vierge à l'époque qu'elle trouvera son équilibre. La cure que Freud mènera ultérieurement avec elle ne doit donc pas être comprise autrement que comme le prolongement de l'action éducative qu'il s'était efforcé d'avoir avec cette enfant qui dès le début lui cause plus de souci que les autres en raison de l'intensité de l'investissement qu'elle lui réserve. C'est dans une certaine mesure un exemple exceptionnel d'essai de sincérité réciproque en ce que l'analyse détourne toujours de leur véritable destinataire les exprerssions de l'amour et les plaintes de l'enfance.
Le présent numéro de Topique se donne pour objet de repartir de ce qui a été l'une des critiques adressées aux premiers psychanalystes et à son fondateur en particulier: comment un analyste peut-il prétendre analyser sa progéniture, qu'il s'agisse d'enfants, d'adolescents ou d'adultes? Le cas de Freud et de sa fille Anna est paradigmatique à cet égard et la meilleure réponse qu'il soit possible de donner tient finalement dans le résultat de cette analyse, soit l'oeuvre d'Anne Freud elle-même. C'est elle que des psychanalystes d'adolescents se sont attachés ici à rappeler, illustrer et commenter dans les textes qui s'entrecroisent avec d'autres portant sur Freud lui-même et les nombreuses critiques qui lui ont été adressées en France dans l'accueil difficile qu'y trouva la psychanalyse. La fille s'est-elle contentée en fidèle Antigone de soutenir et prolonger le père ou n'a-t-elle pas plutôt emprunté une voie bien à elle, en lien avec d'autres sur ces questions qui avaient été au centre de sa propre adolescence? La transmission n'est jamais directe ou sinon elle se condamne à la répétition stérile.
Les difficultés de cette transmission, en particulier celles de l'accueil de la psychanalyse en France telles que le livre d'Alain de Mijolla (Freud et la France, Paris, PUF, 2010) le rappelle, sont l'autre face de la même question. Continuer et renouveler la psychanalyse aujourd'hui dans une recherche théorique et pratique vivante implique de renoncer aux facilités du suivisme. C'est la condition pour pouvoir soutenir ces mots de Freud lui-même en 1914: " Au cours des dernières années, j'ai pu lire peut-être une douzaine de fois, dans les rapports de délibération de certains congrès et des sessions de certaines sociétés scientifiques, ou dans les comptes rendus de certaines publications, que la psychanalyse était à présent morte, qu'elle était définitivement dépassée et limitée. Ma réponse aurait pu ressembler au télégramme que Mark Twain adressa au journal qui avait annoncé la fausse nouvelle de sa mort: Information de mon décès très exagérée. Après chacun de ces avis mortuaires, la psychanalyse a gagné de nouveaux partisans et collaborateurs ou s'est créé de nouveaux organes. Être déclaré mort valait quend même mieux que de se heurter à un silence de mort."
Sophie de Mijolla-Mellor
SOMMAIRE
- Éditorial
* Christian Hoffmann - La résistance française à la découverte freudienne. Lettre du Professeur R. Morichau-Beauchant à Sigmund Freud
* Florian Houssier - S. Freud et son Antigone: adolescence et liens de mutualité théoriques
* Claude Boukobza - Anna Freud et la pédagogie psychanalytique
* Olivier Douville - Bref aperçu sur les courants de pédagogie psychanalytique du temps de Freud
* Jacques Sédat - La réception de Freud en France durant la première moitié du XXe siècle. Le freudisme à l'épreuve de l'esprit latin
* Nicolas Gougoulis - Freud et les psychiatres français
* Dominique Fessaguet - De Sophie Morgenstern l'oubliée à Françoise Dolto la tapageuse
* Michelle Moreau Ricaud - Eugénie Sokolnicka et Marie Bonaparte
* Branko Aleksic - Freud et les surréalistes, ses "fous intégraux"
* Dominique Fessaguet - Le Manifeste surréaliste et ses rapports avec l'inconscient
* François Ladame - Anna Freud et Moses Laufer, partenaires indissociables?
* Jean-Yves Chagnon - Identification à l'agresseur et identification projective à l'adolescence. À propos d'un cas
* Philippe Gutton - Du pouvoir à l'autorité dans la cure des adolescents
* Dominique L. Arnoux - Que sont les controverses devenues? Perspectives kleiniennes
© 2012 - Editions l'Esprit du temps - Giboo